C’est désormais officiel : la loi d’orientation agricole de 2025 autorise la délégation de certains actes vétérinaires aux auxiliaires spécialisés vétérinaires (ASV). Une réforme historique, attendue depuis des années, qui redistribue les rôles au sein des structures de soins et ouvre de nouvelles perspectives pour toute la profession.

Pourquoi cette réforme était nécessaire ?

La profession vétérinaire française fait face depuis plusieurs années à une pression croissante. La demande de soins animaux augmente, portée par l’évolution du lien humain-animal et par une prise en charge toujours plus exigeante des animaux de compagnie. Dans le même temps, les vétérinaires se trouvent en sous-effectif chronique, entraînant une surcharge de travail difficile à absorber. Face à ce constat, une question s’est imposée naturellement au sein de la profession : comment mieux répartir les tâches au sein des établissements de soins vétérinaires. Les ASV, qui travaillent chaque jour aux côtés des praticiens et accomplissent déjà un rôle essentiel, sont apparus comme la réponse évidente. La délégation de certains actes techniques à ces professionnels formés et compétents s’est imposée comme une solution logique — et longtemps attendue.

Les discussions autour de la délégation des actes aux ASV ne sont pas nouvelles. Depuis plusieurs années, des réflexions étaient menées pour adapter le cadre législatif aux réalités du terrain. Il faut également souligner que, dans de nombreuses structures vétérinaires, les ASV réalisaient déjà en pratique certains de ces actes — injections, prises de sang — sans cadre légal. La loi de 2025 ne crée donc pas une réalité nouvelle : elle vient l’officialiser, la sécuriser et la reconnaître.

Ce que dit l’article 7 de la loi

La loi d’orientation pour la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations en agriculture, adoptée en février 2025, intègre dans son article 7 les dispositions relatives à la délégation des actes vétérinaires aux ASV. Cet article autorise, sous conditions strictes, les ASV à réaliser certains actes jusqu’alors réservés aux vétérinaires. Il pose les bases d’un cadre légal clair, tout en renvoyant aux décrets et arrêtés ministériels le soin de préciser les modalités pratiques : liste des actes concernés, critères de certification, modalités de supervision.

Les textes d’application (décrets et arrêtés) sont attendus dans les mois à venir. La délégation effective dans les structures vétérinaires ne sera possible qu’une fois ces textes publiés et les certifications mises en place.

La France s’inspire ici de modèles étrangers déjà éprouvés. Au Royaume-Uni et au Canada, les auxiliaires vétérinaires — appelés vet nurses ou vet techs — jouent depuis longtemps un rôle clé dans la réalisation d’actes techniques tels que le détartrage, l’assistance à l’anesthésie ou les soins post-opératoires. Ces expériences montrent que la délégation, bien encadrée, est bénéfique pour toutes les parties.

Les conditions strictes de la délégation

La délégation d’actes vétérinaires ne sera pas automatique ni accessible à tous les ASV. La loi pose un cadre exigeant, articulé autour de quatre conditions cumulatives : 

Une certification des compétences

Les ASV doivent obtenir une certification délivrée par le Conseil national de l’Ordre des vétérinaires (CNOV), après validation d’une formation adaptée et réussite d’un examen. Cette certification atteste qu’ils disposent des connaissances et aptitudes nécessaires pour réaliser les actes délégués en toute sécurité.

Une liste précise des actes délégables

Un arrêté ministériel définira la liste exacte des actes pouvant être délégués. Cette liste est élaborée en concertation avec les acteurs de la profession pour garantir à la fois sa pertinence clinique et la sécurité des animaux pris en charge.

La présence et la responsabilité d’un vétérinaire

Un vétérinaire doit être physiquement présent dans l’établissement lors de la réalisation de l’acte délégué. C’est lui qui porte l’entière responsabilité civile et professionnelle de la délégation.

Une inscription sur une liste officielle

Les ASV habilités à réaliser des actes délégués seront inscrits sur une liste officielle tenue par l’Ordre des vétérinaires. Cette mesure assure une traçabilité des compétences et une reconnaissance formelle de leur statut de délégataire.

Quels actes seront délégués aux ASV ?

La liste définitive sera fixée par arrêté ministériel, mais les dernières versions de travail évoquées par la profession donnent déjà un aperçu cohérent des actes qui pourraient être délégués. Il s’agit d’actes techniques non chirurgicaux, couramment réalisés dans les établissements de soins :

  • Prises de sang et prélèvements
  • Réalisation d’injections
  • Soins de plaie (hors suture)
  • Pose d’une sonde naso oesohagienne
  • Intubation et surveillance anesthésique

Un second niveau de délégation, portant sur des actes plus complexes, est également prévu par la loi. Ses contours seront définis dans les décrets d’application à venir.

Pour beaucoup d’ASV, certains de ces actes sont déjà pratiqués informellement dans leur établissement. La loi vient légaliser et encadrer une réalité du terrain, tout en ouvrant la voie à une reconnaissance professionnelle.

Une opportunité de valorisation du métier d’ASV ?

Au-delà du cadre légal, cette réforme représente une opportunité concrète de revalorisation du métier d’ASV. Davantage de compétences officiellement reconnues, une certification attestant d’une nouvelle qualification professionnelle, et des perspectives de progression salariale : autant d’éléments qui devraient contribuer à renforcer l’attractivité d’une profession indispensable au bon fonctionnement des structures vétérinaires.

En déléguant certains actes techniques à des ASV certifiés, les vétérinaires pourront se concentrer sur des actes à plus forte valeur ajoutée médicale. Une répartition plus efficiente du travail qui bénéficie à l’ensemble de l’équipe soignante — et surtout aux animaux pris en charge.

La délégation des actes vétérinaires aux ASV marque donc un tournant pour la profession. Si le cadre réglementaire complet reste à finaliser, la direction est tracée. La réforme saura-t-elle transformer l’enthousiasme collectif en véritables changements de terrain ? La réponse dépendra en grande partie de la qualité des formations mises en place et de l’adhésion durable de tous les acteurs concernés

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